LE STYLE NGHIA LONG

Maitre BEN ALI MOHAMED – Ecole Nghia Long:

RENCONTRE DU MAÎTRE (PRINTEMPS 1971)

C’était lors d’un intercours, par une belle matinée de printemps, telle que sait nous les offrir la région du Limousin, que je décidai enfin de mettre à exécution une idée mûrie depuis de longues semaines.

Je me présentai alors au bureau de notre professeur d’économie, Maître PHÂN HOANG. Après lui avoir exposé l’objet de ma visite, il me proposa de revenir le voir dans une quinzaine de jours afin de me communiquer sa décision : m’accepter ou non dans son école d’arts martiaux.

Quinze jours plus tard, il reporta notre rendez-vous pour une période indéterminée. Je compris bien plus tard qu’il s’agissait là de l’un des premiers tests pour accéder à son école.

Une semaine s’était écoulée lorsque je l’aperçus, prenant son repas de midi au restaurant universitaire « La Bonne ». Il me fit alors un discret signe de la main. Je pressentis aussitôt que quelque chose allait se produire.


« Monsieur Ben ALI, vous devez me rejoindre à cette adresse dimanche prochain à huit heures du matin pour votre première séance d’entraînement. »

La veille du jour J, je quittai mon domicile aux environs de quatorze heures afin de localiser l’adresse qui m’avait été communiquée par Maître PHÂN HOANG. Je découvris qu’il s’agissait de son habitation personnelle, située à l’autre extrémité de la ville de Limoges, soit près d’une heure de marche.

Le dimanche matin, à huit heures précises, j’étais devant la demeure de Maître PHÂN HOANG. C’est là que je découvris pour la première fois le Viet Vo Dao.

Ne croyez pas au Viet Vo Dao — ni à ses dérivés comme le Vovinam ou le Kung-Fu — tels qu’ils sont trop souvent présentés de manière approximative dans certaines revues européennes ou américaines. Ne vous laissez pas tromper par les images folkloriques d’Asiatiques à la barbiche pointue, aux longues moustaches, vêtus de costumes traditionnels, exécutant des postures plus chorégraphiques qu’efficaces.

J’avais devant moi un Maître dans une forme corporelle exceptionnelle, entretenant son corps par la pratique des exercices ancestraux de sa civilisation.

Maître PHÂN HOANG était fascinant. Il bondissait, se détendait, engageant un mouvement continu et complet, faisant preuve d’une agilité surprenante. Il sautait, se repliait, accompagnant chaque phase de son combat solitaire de profondes expressions du visage, comme si le sentiment faisait partie intégrante de l’exercice.

Outre les nombreuses positions de base évoquant les démarches du tigre, du serpent, de la grue ou du dragon, nous eûmes droit à une longue approche de la respiration. Celle-ci me permit, bien des années plus tard, de me libérer de l’emprise des angoisses et du stress de la vie quotidienne.

À midi, pour clore cette première séance, je demandai à Maître PHÂN HOANG s’il connaissait le karaté. Il me répondit :

« Si un art se donne pour finalité le combat, c’est là sa limite.
Si un art se donne pour finalité la victoire sportive, c’est encore là sa limite.
»

Il exprimait une logique digne d’un grand Maître. Je me sentis alors gêné de poursuivre mes questions. Je l’interrogeai néanmoins à propos de Bruce Lee. Il précisa que ce dernier était avant tout un acteur, et que c’était là sa limite.

Je lui demandai alors quelles étaient les limites du Viet Vo Dao. Il me répondit simplement :

« La limite du Viet Vo Dao, c’est la vie elle-même. »

Enfin, je l’interrogeai sur ses aspirations dans la vie, sachant qu’il avait déjà atteint ce que beaucoup d’hommes espèrent : docteur en sciences économiques, maître d’arts martiaux…
Il me répondit alors :« C’est une question fort pertinente, je vais satisfaire votre curiosité.
J’ai appris à tuer l’homme, maintenant j’apprends à le guérir.
»

Il étudiait alors la médecine traditionnelle.

Il m’offrit ensuite une tasse de thé, marquant ainsi la fin de notre entraînement. Je n’eus pas le réflexe de poser d’autres questions. Mon imagination, stimulée par cette boisson, errait entre les images de Bruce Lee et les quyens exécutés par Maître PHÂN HOANG.

Le thé détendait mon corps et je me sentais parfaitement à l’aise en sa présence.

Je pris congé avec la conviction d’avoir assisté à une expérience unique, profonde et authentique du Viet Vo Dao. Celui qui s’attend à y trouver une méthode révolutionnaire pour devenir invincible et accomplir des exploits spectaculaires uniquement avec ses mains et ses pieds se trompe

Maitre BEN ALI MOHAMED